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Retour du corps dans l’univers numérique

Posté par Eschapasse le 3.4.2008 @ 13:51 Dans Sceno-techno, Recherche Attitude, Développement eco | Aucun commentaire

Rapport sur les défis technologiques des prochaines années
http://www.cinum.org/fr/defi_3_innovation/21-24.html

Le CINUM est un thinktank qui rassemble des personnalités qualifiées du monde entier.
Parmi tous les défis inventoriés pour répondre aux besoins nécessaires, il en est un qui nous concerne plus particulièrement…

DEFI N° 3 - INNOVATION :
REINTRODUIRE LE CORPS ET LES SENS DANS L’INTERACTION NUMERIQUE

Le besoin de corps
Le numérique et les réseaux deviennent – au moins dans les pays développés, et parmi les classes aisées des pays en développement – des pratiques et des outils centraux, évidents, inscrits dans toutes les formes de relation, de décision, d’action, de création. Or aujourd’hui, l’interaction numérique repose avant tout sur un sens, la vue et un vecteur, le langage. Cette limitation ne rend pas justice à la richesse de ce qu’est l’expérience humaine, de ce qu’est l’échange entre les hommes. Elle constitue, au sens propre, un handicap pour nous saisir autrement des technologies, pour en faire les moyens d’un développement humain plus riche.
Des interfaces inadaptées aux besoins
Les interfaces clavier-écran-souris ont rendu et rendront encore bien des services, mais elles sont inadaptées à un grand nombre d’usages et d’utilisateurs d’aujourd’hui et de demain :

  • Les usages nomades des technologies et l’«informatique omniprésente» se fondent sur une proximité du corps, sur sa situation dans l’espace, sur le mouvement, sur une relation entre ceux qui sont présents et ceux qui sont loin – toutes choses que les interfaces actuelles ignorent pratiquement.
  • Malgré l’importance qu’elles prennent, les communications distantes demeurent incapables de restituer la richesse des interactions physiques.
  • La diversité des utilisateurs nécessite une pluralité d’interfaces. Les interfaces visuelles et langagières sont issues de cultures occidentales fondées sur une disjonction entre le corps et l’esprit. Elles ne correspondent pas à d’autres cultures, d’autres manières d’échanger – pas plus d’ailleurs qu’aux besoins de nombreux handicapés, par exemple.
  • Les générations «nées numériques» (digital natives) vivent, nous démontre Chantal Ackermann, dans une fluidité de présence, de déplacements physiques et virtuels, d’identités, qui engendre un besoin d’ancrage. Cet ancrage ne peut constituer en un lieu unique : c’est à partir du corps que s’articulera la diversité de leurs expériences, de leurs mouvements, de leurs relations.

Le numérique se rapproche du corps
D’autant que le numérique, lui, fait mouvement vers le corps. La «deuxième étape de la coévolution entre l’homme, les techniques et les machines», pour reprendre l’expression de Joël de Rosnay, est celle de la connexion directe avec le corps, voire de l’intégration dans le corps : biométrie, puces sous-cutanées (déjà implantées dans les animaux de compagnie), interfaces directes entre des terminaisons nerveuses et des prothèses, interfaces cerveau-ordinateur, biopuces ingérées dans le corps…

Des technologies en progrès
Les technologies progressent rapidement dans ces domaines : synthèse et reconnaissance vocales, reconnaissance du mouvement, interfaces tactiles et «haptiques», son et images en trois dimensions, «réalité augmentée», etc. Pourtant, elles ont du mal à sortir des laboratoires, ou d’applications spécialisées, industrielles, médicales, militaires ou ludiques. Il est désormais temps de changer d’échelle.

Donner la priorité à d’interfaces multisensorielles
Les programmes de recherche doivent se fixer une nouvelle priorité : inventer, tester et diffuser massivement des interfaces multisensorielles, qui font appel au toucher, à l’ouïe, aux gestes, au mouvement, pourquoi pas à l’odorat, à l’ensemble des cinq sens associés ensemble. Avec un objectif clair : faire en sorte que dans 10 ans, ces interfaces soient aussi répandues et aussi standards que l’écran et la souris d’aujourd’hui, qui ne disparaîtront d’ailleurs pas. Le domaine des interfaces est aujourd’hui cantonné à quelques spécialistes et très rarement considéré comme une priorité «sérieuse» des programmes de recherche-développement. Il doit désormais retrouver sa place au premier plan. C’est la condition d’une nouvelle richesse humaine des technologies et probablement, de l’invention d’applications et d’usages que nous sommes aujourd’hui incapables d’imaginer. Une telle vision pourrait s’incarner dans des projets très concrets, tels que :

  • Rendre la relation distante aussi sensible que la relation physique ;
  • Inventer un langage tactile applicable au téléphone portable.

Appuyer sur ces plates-formes multisensorielles un projet de grande ampleur d’échanges culturels et artistiques
L’art est le lieu par excellence de la reconnexion entre le corps et l’esprit. Si, malgré sa richesse, l’«art numérique» demeure encore aujourd’hui un domaine spécialisé, ghettoïsé dans un petit cercle de galeries et de critiques spécialisés, à l’écart de la plupart des institutions culturelles, on le doit dans une large mesure à l’insuffisance des interfaces. Mais les formes d’art issues de l’histoire du monde pâtissent également de cette insuffisance, qui ne leur permet pas d’être rendues accessibles de manière riche au travers des réseaux. Aussi, l’un des terrains d’application et de validation des nouvelles interfaces doit prendre la forme d’un programme international de grande ampleur, destiné à rendre accessibles et sensibles les formes artistiques et culturelles du monde.

Constituer une étiologie des effets du numérique
Le numérique agit déjà sur les corps. On connaît certaines pathologies, depuis le mal de dos ou de poignet jusqu’aux troubles visuels (très liés à la nature des interfaces actuelles), en passant par l’addiction aux jeux. Il en existe vraisemblablement d’autres : le stress de la multiactivités, le traumatisme de la perte de mémoire lorsqu’un fichier ou un disque s’effacent, l’incapacité d’effacer des données… Si le corps est pris au sérieux dans le numérique, alors les maladies qui s’associent à son usage doivent l’être aussi

Négocier l’invasion technique du corps
Enfin, le mouvement du numérique vers le corps doit devenir un sujet de discussion, de négociation et de régulation. Les mêmes technologies qui serviront à restaurer l’usage de certains sens, à contrôler des prothèses, à enrichir nos interactions avec les autres et avec notre environnement, peuvent également devenir des technologies de contrôle ou de manipulation d’une efficacité sans précédent. Il importe que l’information sur ces recherches circule et que ses applications soient discutées dès maintenant.


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